lundi, octobre 16, 2006

Conférence avec BBG

Vendredi dernier j'ai assisté par intérêt personnel à une conférence sur "l'Etat du monde et la crise des Nations Unies" à l'Hôtel de Lassay. L'animateur en était Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire Général des Nations Unies.
Hotel de Lassay, Assemblée Nationale, j'arrive à 8h pile à l'heure une fois n'est pas coutume. On ne fait pas attendre la représentation du peuple quand elle vous fait l'honneur d'être votre hôte. Je mets les pieds pour la première fois dans cette cour gravillonnée et je m'y sens vite à l'aise, bien moins intimidé que dans certains autres lieux symboliques de l'état. L'attrait de la chose publique sans doute. Je la traverse du pas alerte de l'homme attendu et abandonne ma serviette à l'hôtesse comme un habitué des lieux. Une nuée de pique-assiette bourdonne déjà devant le buffet de petit-déjeuner dont je profite pour récupérer en nature sur mes impôts une tasse de café, un quart de verre de jus de fraise puis une nouvelle tasse de café.
Enfin, BBG arrive, mitraillé par un photographe qui parait s'efforcer de rappeler ses jours de gloire à l'Egyptien tant il virevolte autour de lui, claquant son portait sous tous les angles. Boutros marche et monte les escaliers d'un pas égal, insensible à cette flatterie. L'homme me paraît un peu plus vieux que le souvenir que je m'en faisais mais reste alerte malgré ses presque 84 ans. Alors que nous sommes déjà assis dans le salon réservé à la conférence, J.-L. Debré que l'on ne présente plus apparaît brièvement pour dire qu'il ne pourra hélas rester mais qu'il est formidablement heureux d'accueillir une aussi prestigieuse audience. En effet il y a là quelques ambassadeurs francophones qui ont fait le déplacement, des spécialistes, des délégués de grandes entreprises... et moi. Pour parler, le Président de l'Assemblée Nationale s'est appuyé amicalement sur les épaules de mon voisin - dirigeant d'une grosse société d'investissement ainsi que la carte qu'il m'a remise l'indique - et qui malgré son âge respectable ne boude pas son plaisir d'être ainsi reconnu en public.
On apprend toujours des choses édifiantes des ces conférences, données par des hommes ayant côtoyé et exercé le pouvoir au coeur des systèmes politiques et humains les plus complexes. BBG affirme que la balance des échanges entre Sud et Nord reste bel et bien en faveur de ce dernier, notamment par l'intermédiaire des bas prix de matières premières et que les dons qui font le voyage inverse sont non seulement insuffisants pour équilibrer la balance mais également faits dans une telle désorganisation qu'ils sont pour une large part inutilement gaspillés.
Très intéressant également, le défi que représente dans un futur très immédiat cette opposition Nord-Sud dépasse de très loin des questions comme l'Iran ou la Corée du Nord dont les velléités de disposer de l'arme atomique seront selon l'ancien Secrétaire des Nations Unies abandonnées par la négociation, en échange de quelques avantages économique et garanties militaires. Deux principales raisons à cela : d'abord parce qu'une intervention armée est peu probable, tant le monde occidental est passif militairement et s'en remet aux U.S. seuls gendarmes de la planète mais qui n'a pas les moyens de mener trois guerres en même temps. Ensuite parce que si ces armes donnent une grande responsabilité, l'avantage qu'elles procure est limité, y compris pour des pays comme Israël, le Pakistan ou l'Inde car ils ne manqueraient pas de subir les effets de leurs propres bombardement sur leurs voisins. Il en va de même pour l'Iran et la Corée du Nord. Je suis assez d'accord avec cette vision mais je crois aussi qu'une prolifération non strictement maîtrisée et l'arrivée de ces armes dans les mains de certains dirigeants finira tôt ou tard par les mettre entre les mains d'organisations beaucoup moins responsables que des états, avec les conséquences que l'on devine. La fermeté en matière de non prolifération est donc une nécessité absolue.
BBG dénonce ensuite le peu d'intérêt des opinions publiques pour les problèmes internationaux alors même que la globalisation a fait de l'effet papillon une réalité. Les populations sont si préoccupée par leur quotidien qu'une trop grande importance est donnée aux problèmes nationaux qui paraissent plus immédiats que certains problèmes existants à l'autre bout du monde. Ces derniers ont pourtant ont un réel impact sur le quotidien. La Chine, l'Inde et le Japon cependant donnent des signent encourageants d'intérêt pour la chose internationale mais cette amorce de mouvement doit être suivie si l'on veut enfin échapper aux affres d'un monde unipolaire où l'impérialisme Américain sert en réalité de masque à la passivité des nations qui pourraient également jouer le rôle de puissances.
Je suis étonné d'apprendre que parmi les pays pauvres à avoir tout de même un intérêt pour les affaires du monde, Cuba a quelques 5 000 médecins bénévoles en Afrique et un contingent de 30 000 casques bleus en Angola. Peuple Cubain, je ne t'oublierai pas.
Pour finir, l'ONU doit se réformer pour faire face à la diminution du rôle de l'état nation qu'elle a été créée pour défendre. La globalisation rend le nouveau contexte international radicalement différent de celui d'après guerre et il est temps selon BBG que les autres puissances influentes du monde, c'est à dire les Entreprises et les Organisations non gouvernementales aient voix au chapitre, tant leur rôle est prépondérant désormais et pour le futur. Très juste.
Le secrétaire général répond ensuite volontiers à quelques questions d'un auditoire qui me paraît refléter l'état d'esprit des élites dirigeantes Françaises, et même Européennes qui attendent des Etats-Unis qu'ils résolvent tous les problèmes de la planète. BBG aura eu l'élégance de ne pas le faire remarquer, mais alors même qu'une large partie de son exposé était un plaidoyer en faveur d'un monde qui cesse de s'en remettre aux Américains pour tout, la plupart des questions en revenaient à l'opinion, les raisons ou la critique des raisons Américaines d'adopter telle position ou non contre tel ou tel état ou région du monde. "Même quand je ne dis rien cela fait du bruit" a dit Ségolène Royal, qui fut récompensé par un prix d'humour politique pour cela. Il en va de même pour les Etats Unis. Et comme, les pauvres, leur vision anglo-saxonne des choses et une forme de manichéisme, voire une connexion directe de certains de leurs dirigeants avec dieu tout de même les prévient instinctivement du multilatéralisme, le résultat est qu'ils passent leur temps à être les seuls à agir, partout et pour tout, tout en étant la cible continuelle des critiques de leurs ennemis comme de leurs alliés, à par bien sûr Mme Thatcher euh...Tony Blair.